Journ‚e / Atelier

Objets et espaces sonores

 

Paris 22 mars 2001, Amphi A du MinistŠre de la Recherche, 1 rue Descartes 75005 Paris

Atelier RESCIF ‘Construction de l’objet per‡u’.

 

Partie I

 

9h00 – 9h30 :    Ouverture : Nicolas J. Bullot (Institut Jean Nicod, LPPA), J‚r“me Dokic (Universit‚ de Rouen, Institut Jean Nicod).

 

9h30 – 10h30 : Stephen McAdams (Ircam-CNRS) L'approche psychom‚canique : D‚tection et organisation d'‚v‚nements, reconnaissance d'actions et d'objets

 

10h30 – 11h30 : Jo‰lle Proust (Institut Jean Nicod, CNRS) Ecouter et entendre, l’attention auditive comme acte mental

 

11h30 – 12h30 : Jerrold Levinson (University of Maryland) R‚flexions sur les sons, l’ou‹e, l'espace sonore, l'expressivit‚ musicale, et les agents imaginaires

 

12h15 – 14h00 : Pause

 

Partie II

 

14h00 – 15h00 : Philippe Manoury (compositeur, Ircam) Pr‚sentation de la mise en espace sonore de l’op‚ra ‘K’

 

15h00 – 16h00 : Fran‡ois Bayle (compositeur)

 

16h00 –  17h00 : Table ronde ® Objets et espaces sonores ¯, avec Fran‡ois Bayle, Nicolas Bullot, Roberto Casati, J‚r“me Dokic, Jerrold Levinson, Philippe Manoury, Stephen McAdams, Jo‰lle Proust. Discussion d’une s‚rie de thŠses et remarques, transmises avant la journ‚e par les organisateurs et les participants.

 

 

Comit‚ d’organisation (atelier ‘La construction de l’objet per‡u’) : Nicolas Bullot, LPPA, CollŠge de France et Institut Jean Nicod, Paris ; J‚r“me Dokic, Universit‚ de Rouen et Institut Jean Nicod, Paris ; Jacques Droulez, LPPA, CollŠge de France.

 

 

La journ‚e ® Objets et espaces sonores ¯ sera organis‚ … Paris, le 22 mars 2001. Elle prendra la forme d’une rencontre interdisciplinaire sur les fonctions cognitives des objets dans la perception auditive et l’intermodalit‚. L’organisation est assur‚e par des chercheurs rattach‚s … deux laboratoires parisiens de sciences cognitives, le Laboratoire de Physiologie de la Perception et de l’Action (LPPA) du CollŠge de France, et l’Institut Jean Nicod. Les organisateurs sont Jacques Droulez (LPPA), J‚r“me Dokic (Univ. de Rouen, CREA), et Nicolas-J. Bullot (CREA & LPPA). Ce colloque, financ‚ par le CNRS, est une des r‚alisations associ‚es … un groupe pluridisciplinaire de recherche en sciences cognitives (projet ® Construction de l’objet et de l’espace per‡u ¯, Actions Incitatives ‘Cognitique’ 2000 nø0693), et … un atelier du r‚seau de sciences cognitives d’Ile de France (Atelier RESCIF ® Construction de l’objet per‡u ¯).

Cette journ‚e, qui fait suite au colloque ® Comment et pourquoi percevons-nous des objets ? ¯ organis‚ le 23 juin 2000, s’articulera autour de questions concernant (i) les liens entre la perception des objets physiques et celle des ‚v‚nements auditifs, et (ii) les relations entre les capacit‚s cognitives et les questions esth‚tiques.


 

Objets et espaces sonores : recherches sur les fonctions de l’audition dans la relation perceptive aux objets physiques, et ‚tudes de quelques implications/applications pour la th‚orie esth‚tique des artefacts sonores et musicaux

 

La perception des objets

Le terme ® objets ¯ dans le titre renvoie en premier lieu aux ® objets physiques ¯, car cette journ‚e s’inscrit dans un programme de recherche portant sur les capacit‚s de perception des objets physiques (objets mat‚riels, localisables dans l’espace et dans le temps, ob‚issant aux lois physiques). La capacit‚ … percevoir des objets, en ce sens, est un des fondements des capacit‚s cognitives sup‚rieures. Il s’agit d’une aptitude complexe qui permet … un organisme de disposer d’informations sur son environnement et sur les ‚l‚ments saillants qui le compose. Elle implique en effet des capacit‚s subordonn‚es distinctes, … des niveaux distincts : pouvoir suivre cet objet et l’identifier d‚monstrativement (Pylyshyn 1994; Ballard, Hayhoe et al. 1997; Pylyshyn 2000) (Campbell 1997), pouvoir le reconnaŒtre (Tarr and Blthoff 1998), pouvoir ˆtre attentif … certaines de ses propri‚t‚s (Driver and Baylis 1998; Driver and Spence 1999) – toutes ces capacit‚s n‚cessitant d’avoir des ‚tats internes co-variant avec les ‚tats des objets physiques. Elle est assur‚e par diff‚rents m‚canismes neuraux, qui peuvent ˆtre perdu s‚lectivement dans certains syndromes tels que les agnosies. Ces m‚canismes, h‚rit‚s ou issus de processus d’apprentissage, font actuellement l’objet d’une intense investigation dans de nombreux secteurs des sciences cognitives. Par exemple, les th‚ories de l’attention-bas‚e-sur-les-objets dans la vision et l’intermodalit‚ (Proust 1997) suscitent des recherches importantes en psychologie et neurosciences cognitives. Autre exemple, l’‚tude de la capacit‚ … percevoir des objets est aussi fondamentale pour comprendre comment un individu obtient des connaissances fiables sur son environnement, et concerne aussi par cons‚quent la r‚flexion sur la genŠse des repr‚sentations objectives (Proust 1997) pour une philosophie naturaliste de l’esprit ou une ‚pist‚mologie naturalis‚e.

Les repr‚sentations auditives jouent un r“le important dans cette capacit‚. L’audition contribue ind‚niablement … l’acquisition de nombreux types d’informations sur l’environnement (McAdams 1994; McAdams and Bigand 1994) en permettant d’extraire de l’information sur les objets mat‚riels … partir des perturbations m‚caniques qu’ils causent dans un milieu de propagation donn‚. Cette acquisition d’information se fait par l’interm‚diaire d’un transducteur (l’oreille) qui peut v‚hiculer des informations aussi bien ‚cologiques que linguistiques ou musicales.

Les objets et les espaces sonores

Que faut-il entendre par ® Objets et espaces sonores ¯ ? Les objets sonores peuvent ˆtre compris comme les objets physiques qui ‚mettent des sons, grƒce auxquels on peut les identifier et les reconnaŒtre. Mais le son lui-mˆme, longtemps consid‚r‚ comme une simple qualit‚ de l’objet r‚sonnant ou du milieu environnant, peut aussi ˆtre consid‚r‚ comme un objet … part entiŠre, sur lequel porte imm‚diatement l’audition (Casati et Dokic 1994). Dans le cadre de cette hypothŠse, le son pourrait donc recevoir une certaine autonomie par rapport … l’objet r‚sonnant ; il ne serait plus le son d’un objet ou d’un groupe d’objets r‚sonnants, mais un ® son-objet ¯. Ainsi s’opposeraient les objets r‚sonnants – objets producteurs de son – et les ® sons-objets ¯. Une question g‚n‚rale qui se pose alors est de savoir si le son-objet peut s’affranchir entiŠrement de l’objet r‚sonnant, ou s’il en est encore d‚pendant, quoique d’une autre maniŠre que la d‚pendance qui unit une qualit‚ (comme la forme et la couleur) … son objet. Pour r‚pondre … cette question, on pourrait se demander si l’audition a toujours un contenu spatial, mˆme trŠs appauvri (dans la mesure o— l’espace est fr‚quemment reconnu comme une condition de l’objectivit‚). Bien que le son-objet, en tant qu’‚v‚nement, ne soit pas ‚tendu dans l’espace, il est typiquement per‡u comme se rapportant … des objets r‚sonnants, ayant quant … eux des parties spatiales. L’hypothŠse selon laquelle le son-objet garde toujours la trace de sa d‚pendance … l’‚gard des objets r‚sonnants (de sorte qu’une ‚coute r‚duite entiŠrement d‚barrass‚e d’‚l‚ments spatiaux serait trŠs difficile … atteindre), mˆme lorsque ceux-ci ne sont pas explicitement repr‚sent‚s dans l’audition et ne peuvent pas ˆtre facilement identifi‚s ou reconnus par le sujet, a des cons‚quences esth‚tiques importantes. Par exemple, ce questionnement pourrait porter aussi sur les concepts ® objets sonores ¯ et ® objets musicaux ¯ employ‚s par (Schaeffer 1952; Schaeffer 1966).

La th‚orie de l’audition ne renvoie pas seulement … diff‚rents types d’objets, mais aussi … diff‚rents types d’espaces repr‚sentationnels, de telle sorte qu’il est important pour conceptualiser le statut d’une repr‚sentation auditive de comprendre … quel domaine ou ® espace ¯ de repr‚sentation elle appartient. L’expression peut renvoyer ‚videmment … la repr‚sentation tridimensionnelle dans laquelle sont situ‚s les ‚v‚nements entendus. Mais il faut aussi compter comme ® espaces sonores ¯ d’autres domaines repr‚sentationnels, qui peuvent ˆtre rattach‚s en un autre sens au concept d’espace sonore : espaces de qualit‚s auditives (par ex., timbres), espace des relations objectives entre sources, espaces des repr‚sentations s‚mantiques/logiques acquises par l’interm‚diaires de la perception du langage parl‚, domaine d’actualisation d’une action mentale (dans l’attention auditive) ou encore mondes fictionnels v‚hicul‚s par des compositions musicales (par ex., compositions ‚lectroacoustiques).

 

Les principaux objectifs de la journ‚e

Les objectifs scientifiques et philosophiques de cette journ‚e sont doubles : (1) Il est d’abord d’‚tudier quelques aspects (ils ne couvriront ‚videmment pas toute l’‚tendue des fonctions de l’audition) de la contribution du systŠme auditif dans la capacit‚ consistant … viser des objets dans la perception active. (2) Il est ensuite de tenter de d‚gager certaines implications des recherches men‚es en sciences cognitives sur l’audition pour la compr‚hension des artefacts esth‚tiques utilisant la diffusion de sons, et construisant de cette maniŠre des ® espaces sonores ¯ esth‚tiques/musicaux, en faisant appel aux comp‚tences de chercheurs en esth‚tique comme Jerrold Levinson (Levinson 1998; Levinson 2000; Levinson 2000) et … des compositeurs comme Fran‡ois Bayle (Bayle 1993), Philippe Manoury, Jean-Claude Risset. A cet ‚gard, notre int‚rˆt portera sur les techniques ‚lectroacoustiques utilis‚es dans de nombreuses recherches sur l’‚coute esth‚tique.

 

Organisation de la journ‚e

La journ‚e comprendra deux parties. La premiŠre partie concerne plus particuliŠrement la th‚orie de l’attention aux ‚v‚nements auditifs, et celle de l’identification et de la reconnaissance des sources sonores. Elle abordera certaines questions g‚n‚rales sur le r“le de la cognition auditive au sein de la capacit‚ … percevoir des objets. Quels rapports ‚tablir entre les capacit‚s auditives et la capacit‚ g‚n‚rale consistant … percevoir des objets physiques ? En sciences cognitives, avons-nous int‚rˆt … employer les concepts ® d’objet auditif ¯ (Kubovy and Van Valkenburg 2001), ® d'objet sonore ¯ ou ® d’objet musical ¯ (Schaeffer 1966) pour faire r‚f‚rence … certaines classes d'‚v‚nements auditifs?

Une seconde partie visera … ‚tudier certains problŠmes philosophiques et esth‚tiques li‚s … la nature des ® objets sonores ¯.  Elle ‚tudiera l’‚coute esth‚tique dans le cadre d’un d‚bat sur deux hypothŠses de travail : (1)  tenir compte de l’apport des sciences cognitives pour am‚liorer notre intelligibilit‚ de la nature des processus esth‚tiques, et (2) viser le partage du travail de r‚flexion th‚orique avec des compositeurs dont l’esth‚tique musicale est int‚ress‚e par la r‚flexion th‚orique sur la perception. Les questions que nous proposons sont par cons‚quent les suivantes. Quels usages particuliers des capacit‚s auditives l’‚coute esth‚tique implique-t-elle ? Quelle pourrait ˆtre l’incidence des recherches sur les systŠmes perceptifs pour la th‚orie des objets esth‚tiques et ‚lectroacoustiques ? Quel est le statut des ‚v‚nements sonores ‚lectroacoustiques ? Comment concevoir leur r“le et statut aprŠs l’invention des techniques d’enregistrement et de traitement audionum‚rique, et des systŠme de modification en temps r‚el ? Quels enjeux esth‚tiques peuvent se rattacher au choix de l’utilisation d’un type d’objet/‚v‚nement sonore particulier dans la musique ‚lectroacoustique ?

Nous sugg‚rons les principes suivants, d’ouverture des analyses, pour favoriser l’interdisciplinarit‚ : premiŠrement, ‚viter de consid‚rer que le systŠme auditif est autonome et ind‚pendant (car il est fonctionnellement associ‚ aux autres systŠmes perceptifs et cognitifs) ; deuxiŠmement, ‚viter de r‚duire l’‚coute esth‚tique … l’‚coute musicale : car l’‚coute esth‚tique peut ˆtre impliqu‚e dans des attitudes/dispositifs qui ‚chappent … la seule ‚coute musicale.

 

Participants et organisateurs :

Fran‡ois Bayle

Nicolas J. Bullot (Institut Jean Nicod, LPPA)

Roberto Casati (Institut Jean Nicod, CNRS)

J‚r“me Dokic (Institut Jean Nicod, Universit‚ de Rouen)

Jacques Droulez (CNRS, LPPA, CollŠge de France)

Jerrold Levinson (University of Maryland, USA)

Philippe Manoury (Ircam)

Steven McAdams (Ircam-CNRS)

Jo‰lle Proust (Institut Jean Nicod, CNRS)